Le relief particulier de la colline de Laon, avec ses pentes très escarpées la prédispose très tôt à être utilisée comme forteresse.
Peu avant le début de l’ère chrétienne, les Gaulois ont déjà bâti un oppide au camp retranché fortifié sur la pointe orientale du plateau de Laon.
A l’époque romaine, César occupe Reims et l’ensemble de la population de la province se range à ses côtés en 57 av. J.C., épisode relaté dans la Guerre des Gaules.
Il installera même une garnison sur la colline de Bibrax, dont on a longtemps cru qu’il s’agissait de la colline de Laon.
CE qui est certain est le développement d’un castrum au niveau de la cité médiévale actuelle, autour de laquelle les habitants vont se cristalliser. Ainsi se formera une petite ville, et apparaîtra la dénomination de Lugdunum (même étymologie que Lyon). Le nom de la ville variera beaucoup au cours des siècles (on relèvera notamment Laudanum, Lauduni, Loon, Loom, Montloon, Laon – Le – Cloué, etc…)
Au cours des premiers siècles de l’ère chrétienne, Laon n’est qu’une petite ville, dépendant du diocèse de Reims, avec laquelle elle n’a que peu de rapports, du fait notamment des difficultés de communication.
C’est à Saint Rémy, Archevêque de Reims, que la ville de Laon doit véritablement son premier essor (n’oublions pas qu’il serait né non loin de Laon, à proximité du Chemin des Dames, où ses parents étaient propriétaires terriens). Vers 497, il fonde un évêché et érige en cathédrale l’église Sainte Marie.
Les établissements religieux, ajoutés à la place forte militaire, attirent une population croissante qui se fixe principalement dans la Cité (le quartier actuel autour de la cathédrale), protégée par des fortifications. Le Bourg, qui ne sera entouré de remparts qu’au XIIè siècle, s’étendra surtout à partir du IX siècle.
Lorsque Charles Martel meurt en 741, son royaume est partagé entre ses trois fils : Pépin, Carloman et Griphon. Ce dernier, s’estimant lésé dans le partage, se révolte contre ses frères et se réfugie à Laon. Pépin et Carloman assiègent la ville. Laon se rend et Griphon est emprisonné.
A la fin du IXè siècle, les Normands envahissent la région de Laon. En 882, ils tentent en vain d’investir la Cité et ravagent le Bourg ainsi que le quartier de la Villette Saint Vincent, détruisant les églises et les abbayes (celles de Saint Jean du Bourg, Saint Hilaire Saint Vincent) qui seront remaniées par la suite.
A la fin de la dynastie carolingienne, Laon se retrouve « capitale » du Royaume – d’un royaume, il est vrai, relativement réduit, où l’autorité du roi est faible et le trône sans cesse disputé. Le Palais Royal est situé à côté de l’Abbaye Notre Dame, près de la Porte Royée (qui deviendra la Porte d’Ardon). Construit du temps de Clovis, il sera bientôt désaffecté et tombera en ruines au XIIè siècle. Charles III Le Simple, Louis IV d’Outremer, Lothaire et Louis V se succèdent à Laon sur le trône de France.
Lorsque Charles III Le Simple est détrôné, le nouveau roi, Raoul de Bourgogne, accorde le comté de Laon à Herbert. Celui – ci, en 928, fait construire un château fort sur l’extrémité occidentale de la montagne, en un lieu nommé Gaillot. Il sera détruit en 1411.
C’est Louis d’Outremer qui en 938, fait construire l’imposante tour, qui porte son nom, contre la porte Mortée.
En 987, Louis V, dernier roi carolingien, cède le trône à Hugues Capet. Le fils de Hugues Capet est encore couronné à Laon, en 996, alors que la ville a déjà cessé d’être capitale du royaume.
Avec le début de la dynastie Capétienne, le pouvoir politique bascule à Paris et Laon se retire des grandes luttes du temps. Un nouveau palais royal est cependant construit sous Louis VII mais il ne reçoit que rarement les visites royales.
Saint Louis, venu à Laon, en 1270, est encore logé dans l’ancien palais, déjà en parti en ruine.
Au début du XIIè siècle, le système féodal est établi. Dans beaucoup de villes du royaume se constituent des communes par lesquelles les bourgeois obtiennent des seigneurs des garanties fiscales, judiciaires et policières.
En 1112, à peine celle de Laon est-elle obtenue, que le Seigneur de la ville, l’évêque Gaudri réussit à persuader le roi d’abroger la commune. Les laonnois vont alors se révolter, une foule furieuse pénètrant le palais épiscopal et le saccageant.
Gaudri sera tué, ses partisans égorgés. On incendie l’évêché, le feu gagne la cathédrale et s’étend sur toute la ville. Quelques jours plus tard la ville a repris son calme mais la crainte de voir survenir l’armée du roi décide les Laonnois à quitter la ville.
En 1128, le roi Louis le Gros rend la commune à la ville et proclame l’amnistie, qui permet aux fugitifs de réintégrer la ville.
Toute cette époque, du XIIè au XIVè siècle, est celle de la grande prospérité de Laon. Les effets de la saignée démographique consécutive aux évènements de 1112 sont rapidement effacés. La population s’accroît jusqu’à atteindre 14 à 15 000 habitants au milieu du XIVème siècle.
Le commerce se développe, notamment celui du blé et du vin, dont les vignes courent sur les coteaux de la colline.
Les écoles sont renommées, comme l’Ecole de Laon, qui a acquis au XIIè siècle, grâce à l’enseignement du célèbre Anselme, une réputation internationale. Les institutions judiciaires sont nombreuses et importantes.
La ville de Laon, ceinte de puissants remparts, abrite, outre la cathédrale et son quartier, trois grandes abbayes, plusieurs églises paroissiales, deux commanderies, mais aussi le palais royal implanté au centre de l’isthme formé sur le plateau.
Après les évènements de 1112, la cathédrale est reconstruite, les travaux s’échelonnant de 1155 à 1235.
A cet époque également, à l’ouest du bourg, une petite église, dédiée à Saint Martin, est accordée à l’ordre des Prémontrés. L’abbaye Saint Martin deviendra l’une des plus riches de l’ordre qui essaimera dans l’Europe entière.
Les communautés religieuses sont alors très nombreuses : on y trouve les Chevaliers de l’Odre du Temple (qui s’établissent en 1123), ou encore les Cordeliers (1254).
Au milieu du XIVè siècle, on peut voir sur le sommet de la montagne, 39 églises et 17 chapelles ou oratoires.
A partir de 1345, la population de Laon ne cessera de décroître. Cette année voit une première épidémie s’abattre sur la ville, puis en 1348 la peste décime près du tiers de la population.
Le pays subira dans la foulée les ravages de la Guerre de Cent Ans, pendant laquelle les Anglais investissent l’Abbaye Saint Vincent en 1359, et l’incendient pour la seconde fois dans son histoire…
La Renaissance y apporte son souffle, dont témoignent quelques édifices (voir le Petit St Vincent, très bel exemple de l’architecture de cette période).
Au XVIè siècle, les épidémies et les disettes continuent à s’abattre sur Laon. Devant la menace des guerres et des famines, les habitants renforcent leurs fortifications et accumulent les provisions de grains.
Dans la seconde moitié du XVIè siècle, les guerres de religions porteront le désordre et la misère à un point extrême, et la ville paiera cher son attachement à la Ligue, opposée à l’avènement de Henri IV au trône.
En effet, Laon fut perméable dès 1552 à la pensée calviniste. La nuit de la St Bartélémy est calme à Laon, mais la population est déchirée entre les différents partis et les heurts sont fréquents.
La Ligue longtemps minoritaire finit par emporter l’adhésion de la majorité des Laonnois, les autorités religieuses et civiles prêtent serment à la Ligue. Elle est si bien implantée que Henri IV, après son abjuration, est contraint de prendre la ville de force. En 1594, après un siège de plusieurs mois, Laon se rend au roi.
Au début du XVIIè siècle, pendant l’époque politiquement troublée de la Régence, des travaux de défense militaire sont entrepris. Ainsi on commence à bâtir un fort à Classon, butte située à l’ouest du fort Gaillot. Cette construction n’est pas achevée.
En 1691, Laon supporte un assez fort tremblement de terre puis une disette en 1693 et une autre plus tragique en 1710.
En 1783, la construction de casernes, aux frais de l’état, près du fort Gaillot délivre enfin la ville des charges excessives que lui a imposé le logement des militaires.
En 1790, l’Assemblée constituante choisit Laon, aux dépens de Soissons, comme chef – lieu du département de l’Aisne. La nouvelle administration se fixe dans la maison claustrale de Saint Jean. La ville perd alors son statut d’évêché.
Malgré la modération de l’administration, le patrimoine architectural a considérablement souffert des excès de la Révolution.
Les Laonnois se ruent sur la Tour Louis d’Outremer, armés de pioches et d’outils divers, mais les murs de la tour, épais, résistent à l’ardeur populaire. La Porte Mortée, la Chapelle de la Trinité sont abattues. De nombreuses églises seront démolies : Saint Geneviève, Saint Cyr, Saint Vincent, Eglise des Capucins, Eglise des Cordeliers…
Au environ de 1790, la population de Laon (y compris ses faubourgs) est réduite à 7 000 habitants.
A l’avènement de Napoléon, les établissements religieux sont rétablis, les ecclésiastiques émigrés reviennent au pays. Des établissements d’utilité publique sont créés, comme la communauté des sœurs de la Providence.
En 1815, Laon, privé de défense, est contraint d’ouvrir ses portes aux troupes cosaques et prussiennes, placées sous le commandement du maréchal Blücher. L’armée de Napoléon ne parvient pas à reprendre la ville.
Les Laonnois subissent l’humiliation d’une nouvelle occupation prussienne lorsque, Louis XVIII ayant rétabli la dynastie des Bourbons, le général Langeron commandant de la garnison de Laon livre la ville aux armées de Prusse, par ordre du ministère français de la guerre.
C’est alors le temps des transformations du paysage urbain : l’ancienne église Saint Rémy à La Place est convertie en salle de spectacles en 1807.
En 1831, la Tour Louis d’Outremer et le palais de la Cour du Roi qui avaient résisté à l’incendie de 1112 et au vandalisme révolutionnaire sont abattus pour faire place à l’Hôtel de Ville.
L’ancien couvent de la Congrégation est quant à lui transformé en prison.
La ville se modernise au XIXème siècle, le chemin de fer s’y implante en 1857. Un tramway à crémaillère est construit pour relier la ville haute à la gare.
Assez peu touchée par les occupations de 1870 et de la première guerre mondiale, les bombardements de 1944 causeront de plus amples dégâts, notamment aux abords de l’abbaye St Martin et tout autour du quartier de la gare.
Le cœur historique restera paradoxalement relativement préservé des destructions.
C’est surtout dans l’après – guerre que les faubourgs de plaine se développent et que de nouveaux quartiers sont créés (on pense ainsi au Quartier Champagne, mais aussi au Quartier Marquette, lieu de résidence des familles des troupes américaines basées à Couvron).
La ville basse est reliée au plateau depuis 1989 par le POMA, premier métro câblé automatique de France.